4 mars 2015 Open Mind

Interview Marc.O HornPlans

Il y a quelques temps, suite à l’achat d’enceintes dont les performances que j’en attendais n’étaient pas au rendez-vous, j’ai été amené à m’inscrire sur un forum pour comprendre ce qui n’allait pas. J’étais loin d’imaginer que ce forum et surtout la personne qui l’a créé m’apporteraient autant.
Il s’agit du forum hornplans créé par Marc.
J’ai beaucoup appris grâce à son forum, ses articles ( sur son site ) et son partage de savoir. Je me suis toujours demandé ce qui l’a poussé dans ce domaine, j’ai donc été lui poser quelques questions

Quel est ton parcours ?

J’ai commencé à travailler dans la sonorisation en tant que prestataire avec une grosse partie de matériel DIY, enceintes, amplis, filtre actif, etc. Parallèlement, j’ai fait un peu de radio, pas mal de réalisations de jingles à destinations des radios et DJ’s. Puis je me suis tourné vers la production musicale en tant qu’ingé-son, arrangeur, réalisateur, notamment pour Universal Music, Sony Music, Scorpio, des labels aux USA et Italie, quelques artistes de renommée nationale et internationale. Entre deux prods, je développais des enceintes et systèmes. Puis quand la crise du disque est arrivée, je me suis offert une petite période de congé, histoire de souffler un peu. J’ai ensuite développé le site Hornplans, dont les designs sont rapidement devenus assez populaires en France, mais aussi à l’étranger. En 2014, j’ai participé pour le fun au concours mondial de design d’un caisson de basse, à partir d’un HP donné, concours organisé par la marque Celestion et que j’ai remporté.

A quel age es-tu tombé la dedans et suite à quoi ?

J’ai d’abord commencé à m’intéresser aux transmissions radio HF, j’avais 14/15 ans, et très vite, je me suis passionné pour l’électronique et la fabrication/conception d’antennes, tous types d’omni, quart d’onde, demi onde, 5/8éme, 7/8éme d’onde, mais aussi des directives, Yagi, HB9CV, etc. Et c’est un jour en allant chez un ami, lui aussi passionné de HF, que je suis tombé sur un ancien exemplaire du magazine SONO. Il me l’a donné, et j’ai découvert un monde que je ne soupçonnais pas. Ma première interrogation s’est portée sur un mystérieux appareil nommé « Analyseur de spectre », c’était une pub pour un modèle de la marque GoldLine. J’avais rencontré d’autres passionnés de radio HF, notamment un musicien de Michel Sardou, et c’est à lui que je posais mes premières questions. A l’époque, sans l’existence d’Internet, il n’était pas forcément facile de trouver de l’info. On communiquait souvent par HF, c’était d’ailleurs un fou furieux de la communication HF : lorsqu’il partait en tournée pour Sardou, où qu’il soit, il demandait la chambre d’hôtel au dernier étage, y faisait monter ses malles de matériel radio. Sur le balcon, il fixait un mat télescopique de 6 mètres avec à son bout une antenne elle aussi de belle taille, et on faisait nos communications en bande latérale unique à des heures qu’on avait défini à l’avance, et en fonction de son emploi du temps, enfin les jours ou la propagation était de notre côté (ce genre de transmissions longue distance n’est possible que par réflexions sur la couche ionosphère de l’atmosphère et donc dépendante des conditions météo). Mais je ne pouvais plus me contenter de théorie, poser des questions, lire des magazines ou des livres sur le sujet, j’avais besoin d’expérimenter et c’est ainsi que je me suis lancé dans la sonorisation à 18 ans.

Quel est ton état d’esprit sur le DIY vs les grandes marques ?

D’un point de vue du matériel, quoi qu’on pense du DIY, on peut rivaliser avec les meilleures enceintes traditionnelles. Les personnes qui font du DIY et avec un minimum de niveau l’ont bien compris. Ils ont appris à démystifier ce que les grandes marques représentent en terme d’image. Mais lorsqu’un DIYeur discute avec un pro, c‘est tout de suite diffèrent. Avec les pros qui ont écouté mes réalisations, ça se passe très bien, mais pour les autres, sans faire de généralité, certains te regardent souvent de haut, quand ils ne sont pas méprisants. Mais ça me passe au-dessus, ils peuvent penser ce qu’ils veulent et rester dans leur croyances ou leur ignorance. La plupart sont persuadés qu’il faut des mois de travail pour étudier un bon caisson bass reflex vendu jusqu’à 5000 euros, alors que dans les faits, l’étude d’un bon caisson BR est relativement simple et rapide.

vu que c’est une grande marque qui l’a conçu, les pros pensent que c’est forcément bon

Un exemple d’un échange avec des pros sur un forum : On est venu à parler des évents bruyants sur un caisson APG, ce qui est dû à une petite surface de radiation. J’ai écrit que ça c’était un défaut, et je me suis immédiatement fait remonter les bretelles, juste sur le fait que c’était du APG et donc sous-entendu « chez APG, ils savent ce qu’ils font ». Tu as beau leur expliquer que ça n’est pas normal que des évents soufflent et fassent du bruit, eux te répètent bêtement ce que le commercial leur a répondu : « les petits évents servent à mieux refroidir les HP (+de turbulences) et à limiter l’excursion du HP (l’évent agit comme un frein à fort niveau) ». C’est vrai, sauf que c’est très loin d’être miraculeux et que cela induit d’autres défauts rédhibitoires : des non linéarités, distorsions, et une limitation du niveau sortie des évents qui sont freinés par la forte pression de l’air. Même l’ancien patron et fondateur d’APG qui a quitté la société, Alain Pouillon Guibert a écrit à plusieurs reprises dans ses articles de Sonomag qu’il était en faveur de grands évents, gage de qualité. Mais vu que c’est une grande marque qui l’a conçu, les pros pensent que c’est forcément bon. Et si ton interlocuteur est propriétaire des dits caissons, il les défendra bec et ongles. A partir de là, aucun argument ne peut les convaincre, même pas un papier de l’AES (Audio Engineering Society, le plus prestigieux institut technique de l’audio regroupant les meilleurs ingénieurs au monde). Quand aux grandes marques, on peut regretter qu’au fil des années, elles délivrent de moins en moins de données techniques, quand certains ne sont pas tombés dans la falsification pure et dure, par exemple quand Nexo annonce son STM S118, un caisson band pass avec un seul 46cm, à 109dB 1W/1m, on rigole un peu. Et pour les afficionados de la marque Bose c’est peine perdue de vouloir même entamer un dialogue avec eux : ils sont en adoration totale de la marque, réfractaires à tout raisonnement scientifique. On a l’impression d’être en face de membres d’une secte ayant perdu tout sens critique. C’est au même niveau qu’une discussion Mac/PC : jamais rien d’objectif n’en sort. Récemment, j’ai lu une étude qui avait été faite sur des possesseurs de Iphone : des chercheurs leur ont fait passer des scanners en leur parlant de leur téléphone. Résultat, c’est la région de l’amour qui est stimulée. On comprend donc mieux que le fait de « tomber amoureux », d’un matériel comme d’une personne fasse perdre toute objectivité

Néanmoins, il y a un domaine qui reste difficilement accessible au DIYeur, mais pas impossible, c’est le Line Array. La conception est déjà un premier écueil, mais va surtout nécessiter quelques moyens pour fabriquer un système d’accroche et d’inclinaison viable, sans compter qu’on n’aura que des softwares génériques pour faire des simulations complexes.

Quand as-tu créé hornplans et dans quel but ?

J’ai démarré la conception du site en 2009, et il a été mis en ligne début 2010. Il n’y a jamais eu de but précis, si ce n’est partager ma passion de l’audio, du DIY, mes connaissances acquises durant toutes ces années. Plusieurs personnes m’ont demandé : « mais ça sert à quoi si tu ne vends rien ?», je leur répondais : « j’ai envie de le faire, donc je le fais. » Les gens sont enfermés dans une civilisation qui pousse à toujours à + de consommation, + de compétition entre les sociétés, et maintenant entre les individus, qu’ils ne comprennent même plus qu’on puisse avoir envie de partager un savoir.

Comment as-tu acquis toutes ces connaissances ?

Lorsque je me suis intéressé aux transmissions radios HF, on se réunissait avec quelques personnes passionnées. L’un d’eux était électronicien et nous a enseigné les bases de l’électronique. Nous avions pour but de passer le concours de radio amateur. Au collège, j’ai rencontré Jean Paul qui deviendra mon meilleur ami et associé en sonorisation. Il construisait déjà des amplis et pleins de modules électroniques, c’était même un virtuose du fer à souder et du circuit imprimé, sauf que par manque d’argent, il construisait toujours des amplis mono, des enceintes, à l’unité, mais jamais une paire, et quand il avait fini un projet, il passait à quelque chose de toujours plus compliqué. On n’avait pas un rond, mais les idées ne nous manquaient pas. C’est ainsi qu’on s’est lancé dans la conception d’une table de mixage. Elles étaient bien plus chères qu’aujourd’hui, surtout si on voulait avoir quelque chose de qualité. On réalisait les plans pendant les cours, ce qui ne manquera pas de nous faire mettre à la porte à plusieurs reprises. Jean Paul avait comme ancien voisin, Michel Fertin qui le connaissait de tout petit. C’est ainsi que j’ai rencontré Michel, ingénieur en électro acoustique de formation, qui développait lui-même ses HP, enceintes et amplis. Avec l’argent que j’avais gagné par des petits boulots, j’ai acheté à Michel des 46cm, des compressions Benett/Browell (l’ancien nom de B&C) et des amplis. J’ai ensuite entamé la réalisation de mes premières enceintes, déjà à pavillon. Je n’avais pas choisi le plus simple : des cubes JBL 4560 (avec pavillon expo courbé et modifié pour un 46cm), mais j’en suis venu à bout. Michel me donnera quelques conseils avisés qui me permettront d’améliorer l’enceinte. Et de toutes les personnes que je côtoyais dans l’audio pro, il était, et de loin, le plus compétent, à tous niveaux. J’ai entre temps bouquiné pas mal, et commencé à développer un logiciel de simulation d’enceintes sur un vieil ordinateur commodore C64, puis porté le soft sur Atari 1040, logiciel que je mettrai à profit pour développer plusieurs modèles de retours de scènes et d’enceintes. L’informatique domestique d’alors ne permettait pas encore la mesure comme on la connait aujourd’hui, j’allais donc tester mes enceintes dans l’atelier de Michel qui avait un coin labo équipé d’un banc de mesure Neutrik (traceur de courbes, réponse en fréquences, phase, impédance), un distorsiométre, géné BF, oscillo etc. Ca m’a permis de perfectionner mes connaissances en conception d’enceintes et filtrage passif. J’ai néanmoins trouvé des solutions pour faire les meures chez moi, à l’aide d’un micro de mesure fabriqué avec une capsule Panasonic/Monacor (bien plus linéaire que les micros d’entrée de gamme d’aujourd’hui) et un CD avec des fréquences wobulées en 1/3 d’octave. Ca me permettait de tracer des courbes 1/3 d’octave, mais c’était long, parce qu’il fallait passer toutes les fréquences une à une et noter le niveau sur des graphiques que j’avais conçus et pré imprimés. Pour l’impédance, je la contrôlais avec une résistance, un voltmètre et un géné BF DIY.

J’ai ensuite construit un gros système à base de plans de 4818 JBL […] Cette sono s’est avérée plus performante que l’originale.

J’ai ensuite construit un gros système à base de plans de 4818 JBL que j’avais un peu modifié, des 4512 (bas mid) toujours DIY, et des pavillons 2350, tweeters 2402. Cette sono s’est avérée plus performante que l’originale. Dans les faits, cela était du + aux réglages et fréquences de coupure que j’utilisais que les modifications apportées. La fréquence de coupure recommandée entre bass et bas mid était de 250Hz, donc bien plus haut que ce que l’on a l’habitude de programmer aujourd’hui. Mes concurrents, et néanmoins amis, qui avaient le même système coupaient aux fréquences conseillées par JBL, là où j’avais choisi dans un premier temps 120Hz, puis 100 Hz après plusieurs expérimentations. Un jour, un pro m’a demandé mes fréquences de raccordement, et après ma réponse il me répondit que je n’y connaissais rien, ce qui fera forcément sourire aujourd’hui quand on sait que tout le monde a adopté des fréquences de coupure bien plus basses que 250Hz. Mais c’était la norme de ce type de sono à l’époque (idem Chez Martin avec le B115). Le caisson avait donc un niveau de sortie maxi dans les basses un peu plus élevé (il n’avait pas à reproduire la bande 100/250Hz), tout en ayant un son plus rond. Ça m’a valu des réflexions de ce genre : « je ne comprends pas, j’ai la même sono que toi, l’originale, mais la tienne fait + de niveau et sonne mieux »

Pour ce système, avec Jean Paul, nous avions développé un filtre actif 2x4voies, 24dB/oct, Butterworth et Linkwitz Riley, à cartes interchangeables. Malgré quelques défauts de jeunesse, connecteurs, inters et potentiomètres qui ont été changés par des modèles plus pro, ce filtre s’est révélé d’une grande qualité, comparable à ce qui se faisait de mieux à l’époque, pour un prix de revient 3 à 4 fois moins élevé. On a poussé le vice jusqu’à lui inclure deux alims, une pour chaque canal et séparer complétement les deux parties. Au pire des cas, si un côté tombait en panne, l’autre pouvait continuer à fonctionner, mais nous n’avons jamais été confronté au moindre problème. Plusieurs amplis maison sont aussi venus remplir le rack. On poussait le DIY assez loin. Avant de pouvoir intégrer les racks, les amplis subissaient le test maison : ils devaient être capables de tenir au minimum une bonne dizaine d’heures sur charge, à la limite de l’écrêtage, et avec un signal ultra compressé en provenance d’une radio FM sur tuner. L’ampli était placé sur une terrasse au cas où il aurait pris feu. J’ai vu deux ou trois amplis du commerce qui ont lâché bien avant la fin de ce test

On passait des nuits entières dans mon garage à tester divers transducteurs

Parallèlement avec Jean Paul, on développait des enceintes hifi. On passait des nuits entières dans mon garage à tester divers transducteurs, configurations, filtrage, passion qui nous dévorait jusqu’au petit matin. Parfois, n’en ayant pas eu, assez malgré une longue nuit d’écoute et des tests, on déjeunait, et sans avoir dormi, on partait à 7H du matin direction Toulouse, rue d’Ozenne, à la Maison du Haut-Parleur pour trouver de nouveaux HP. Je pense que le vendeur a dû nous maudire : On était sur place à 9H du matin, à midi trente, il était obligé de nous mettre à la porte pour qu’il puisse aller manger, et à 14 heures, on était à nouveau là. Mais on ne repartait jamais les mains vides, toujours chargés de HP Focal, Audax, SEAS, Fostex etc.

J’avais des projets professionnels avec « Michel Show » originaire du Gard . Il était le number one des fêtes de tout le sud du Languedoc, et très populaire dans la région,. Il avait un énorme pont rectangulaire qu’il déployait sur toute la surface attribuée au public. On avait déjà collaboré sur trois prestas ensembles, je l‘avais aidé à réparer son matériel, suite à ce que pendant la Féria, « un électricien » de la ville de Nîmes lui avait branché sa sono et éclairage en 380 volts. Il était devenu un ami proche. C’était un homme riche de cœur, qui ne se prenait pas au sérieux, et honnête (pas toujours évident dans ce métier). Mais son accident et sa disparition tragique, + la routine dans laquelle j’étais tombé, ont marqué l’arrêt de mes activités de sonorisation. Je me suis alors plongé à fonds dans la production musicale avec un gros home studio à demeure. J’ai dédié mon premier disque auto produit à « Michel Show ».

La production musicale m’a beaucoup appris

La production musicale m’a beaucoup appris : savoir comment est fabriqué un disque, de A à Z, les techniques de mixage et mastering, etc, tout cela m’a été très utile pour mieux comprendre ce qui se passe sur un système de reproduction sonore. J’arrivai néanmoins à trouver le temps, entre les séances de mixages, à développer quelques enceintes, dont une paire de monitoring qui me suivaient partout lorsque j’allais faire des mixages en extérieur. Quelques studios me demanderont d’ailleurs de leur construire les mêmes après les avoir écouté. J’ai ensuite conçu, fabriqué un gros système pour un ami qui venait de monter sa société de prestas/loc, société qui est aujourd’hui la plus importante dans la région. Puis j’ai passé une période de quelques années avec énormément de travail de studio, mais la crise du disque a mis un terme à ce travail qui m’accaparait : les budgets des multinationales sont devenus beaucoup plus serrés, quand il y en avait encore. J’aurai très certainement pu surmonter cette crise, et progresser dans cette carrière, j’avais des propositions pour travailler en région Parisienne, et à l’étranger, mais je m’étais trop enraciné dans le sud. J’ai donc jeté l’éponge, et me suis payé un peu de bon temps. Il faut dire que pendant toutes ces années, j’ai énormément bossé, passant beaucoup de temps à expérimenter et apprendre, aussi bien en électro acoustique qu’en enregistrement, mixage, réalisation. L’audio est une passion dévorante ou on apprend tous les jours, même après des années de métier, et ce n’est qu’au prix de travail et de temps qu’on peut progresser.

Comments (2)

  1. merci Mr Marc-o de nous eclairer de votre connaissance,d avoir un sens aigue du partage et de la disponibilité dont vous faites preuve!!! c est si rare de nos jours…donc du fond du coeur je vous remercie

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